Homélie. Dimanche 30 août 2026. Mt 16, 21-27

Homélie d’Yvon dite pendant la messe le 30 août à Notre-Dame du Lac, suivie du poème dont il a parlé.

Il y a deux phrases que tout prêtre a entendues (ou entendra). La première : « Si tous les prêtres étaient comme vous les églises seraient pleines. » La seconde : « C’est à cause de prêtres comme vous que les églises sont vides. » La proportion de l’une et l’autre phrase varie bien sûr selon l’individu.

Jésus emploie un verbe qui n’est pas très alléchant, le verbe renoncer. Des renoncements nous en faisons couramment : projets ou visées qui ne peuvent aboutir parce que les conditions ne sont pas favorables. Et puis chaque fois qu’on choisit on renonce. Il y a des renoncements indolores, il y en a qui sont difficiles à supporter, certains même cruels. N’oublions pas les renoncements que l’on fait par amour (entre conjoints, entre parents et enfants…) ces renoncements-là relèvent du don.

J’en viens à Pierre. Il a dit à Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Bravo ! Mais il a une idée bien précise de ce que doit être le Christ Fils de Dieu : Tout-puissant, libérateur, vainqueur. Or voilà que Jésus ne va pas dans cette direction. Il parle de rejet, de condamnation, de souffrance et de mort. Le contraire de ce que Pierre attend. Alors Pierre va devoir faire un grand renoncement : renoncer à ce qu’il voudrait que Jésus soit, et devenir non pas un obstacle (satan) mais un disciple. Renoncement long et difficile.

De Pierre passons à l’Eglise. Ce que Jésus a fondé, on ne le dira jamais assez, ce n’est pas une institution, mais une fraternité. Fraternité toujours à construire. Cela nécessite parfois des renoncements car il n’y a pas de fraternité sans respect de la liberté et de la différence de chacun. Alors il faut savoir renoncer à ce que l’on voudrait que les autres soient (comme dans les deux phrases citées au début). Ce renoncement découle clairement du grand commandement « aimez-vous les uns les autres… »

Depuis une quarantaine d’années je garde en tête un poème (chanson) de Jean Debruynne. J’aime la façon dont il parle de l’Église-fraternité : « Mon peuple est celui des visages ». Chaque visage est unique et révèle une vie, une histoire, une personne, uniques. « Mon peuple est né des différences » Parler ainsi de l’Église, peuple de visages, né des différences c’est parler d’une fraternité où chacun compte, est unique. Cette fraternité c’est le cœur battant de l’Église.

Il y a un chapitre de la lettre aux Romains que j’aime particulièrement parce qu’on y sent battre le cœur de l’Église. Le chapitre 16. St Paul égrène un certain nombre de salutations. Par exemple : « Donnez le bonjour à mon cher Épénète ». « Je vous recommande Phoebé, notre sœur, aidez-la car elle a aidé beaucoup de gens ». « Saluez  Prisca et Aquila, mes collaborateurs et saluez l’Église qui se réunit chez eux ».  « Saluez Triphène et Triphose qui se sont donné de la peine dans le  Seigneur. » Nous entendons des noms mais pour Paul ce sont des visages. On sent bien le tissu de la fraternité. On y sent battre le cœur de l’Église. Chaque fois que j’ai  changé de mission, que j’ai quitté une paroisse pour en rejoindre une autre, j’ai toujours lu ce chapitre 16 avec une grande délectation, il me permettait de revoir, moi aussi, des visages de cette fraternité dans laquelle j’ai baigné.

Surtout ne renonçons jamais à la fraternité. Elle est le cœur battant de l’Église.

Yvon Quissargues, prêtre


AU SINGULIER OU AU PLURIEL
Jean Debruynne, Jean Humenry

Au singulier ou au pluriel
Moi je suis l’un toi tu es l’autre
Tu es ma terre et moi ton ciel
L’un est prophète et l’autre apôtre
Tu as fait de moi des milliers
Au pluriel est au singulier

Mon peuple est celui des visages
Mon peuple est un grand champ de blé 
Que Dieu lui-même a rassemblé
Chaque homme y est un paysage
Chaque homme est né de son langage
Au masculin au féminin
L’un est les yeux l’autre la main
Mon peuple est celui des visages.

Mon peuple est né des différences
Mon peuple est un puits de regards
Où chaque homme a droit aux égards
Et les pauvres ont la préférence
Nous marchons d’errance en errance
Nous partageons le pain le vin
L’étranger ne vient pas en vain
Mon peuple est né des différences.

Mon peuple est un cri d’espérance
Mon peuple habite aux quatre vents
Justice et paix nous vont devant
Nous réveillons la tolérance
Voyageurs de la différence
Pèlerins de la voie lactée
Nous délivrons la liberté
Mon peuple est un cri d’espérance.



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