Cérémonie du 1ᵉʳ novembre

Ce samedi 1er novembre avait lieu au cimetière Saint-Gérard de Lunel, la cérémonie du Souvenir Français en hommage aux soldats morts pour la France. La rénovation du carré militaire menée par le Souvenir Français a pu être inaugurée : 96 tombes de soldats repeintes en blanc sur un sol regarni de gravier blanc, fruit d’un travail collectif avec chacune au pied de la croix des fleurs plantées par les plus jeunes. Toutes belles par leur simplicité, leur unité, le respect profond qui s’en dégage. Chacune raconte le sacrifice consenti par les jeunes hommes y étant enterrés.

Lors de cette cérémonie, les différents cultes étaient invités et nous y avons été présents pour rendre hommage aux soldats morts pour la France et partager une prière honorant leur mémoire et œuvrant pour la paix.

Alors cette année, à quelques jours de la date anniversaire du 11 novembre de la signature de l’armistice de 1918, qui met fin à la Première Guerre mondiale, nous vous proposons de lire une lettre. Elle a été écrite par un jeune soldat, mort pendant la Grande Guerre, lors de la terrible bataille de la Somme (1916) qui a fait près de 450 000 morts et un million de victimes.

Ma chère Maman,
Lorsque tu liras ces lignes, je me serai, comme tant d’autres, acquitté envers le pays de la dette sacrée ; et ce n’est certes que payer un juste prix, l’honneur d’avoir porté le nom de Français en ces heures sublimes, en renonçant à certains rêves d’avenir.

Depuis longtemps, j’avais fait le sacrifice de ma vie à la noble cause, la plus belle entre toutes, celle pour laquelle nous avons su souffrir, lutter et mourir.

Elle en vaut la peine. Que cette nouvelle te trouve forte et fière d’avoir donné un fils à la Patrie, c’est là mon dernier vœu. Le cœur des mères est, je sais, bien sensible à de pareils coups, mais je sais aussi que le cœur d’une Française les supporte vaillamment, et tu étais la maman d’un bon Français.

Comme j’ai sacrifié ma vie sur l’autel de la Patrie, offre ton héroïque douleur à notre chère France et nous aurons tous deux bien mérité du pays.

Songe que la mort est notre lot fatal et qu’il faut la bénir lorsqu’elle concourt à un tel but. Sois assurée que je l’ai affrontée sans crainte, mon seul souci étant de faire dignement mon devoir. Et je meurs sans remords, ma tâche consciencieusement accomplie, avec la joie sereine de songer que mon souvenir survivra parmi celui des braves tombés au champ d’honneur pour que l’humanité fût faite de plus de justice.

Je ne regrette rien de la vie, car j’ai vécu des heures uniques et sublimes, exemptes de tout calcul et d’égoïsme, et je ferme les yeux sur une vision presque trop belle pour être humaine.

J’ai vu tomber à mes côtés en un effroyable pêle-mêle, mais d’un geste héroïque, des heureux de la vie et des pauvres diables, de puissants cerveaux et de rudes primitifs, qui, après avoir souffert de longs mois, fait abstraction de tout, sacrifié fortune, plaisir, famille, ont donné leur vie pour un idéal d’amour, de justice et de liberté.

Si tu savais comme de tels exemples aident à mourir ! J’emporte dans la tombe le radieux espoir d’une France grande, forte et respectée, avec la pensée que j’aurai modestement contribué à l’œuvre de rénovation ; ma dernière pensée s’envole vers toi, chère petite maman, et auprès d’Henri que j’ai beaucoup aimé, dans la communion de pensée où nous réunissait l’amour profond de notre belle France.

Ne pleurez pas ma mort, ce serait faire injure à ma mémoire ; placez mon portrait en tenue à la place d’honneur du salon et ne l’encadrez pas de crêpe, car je veux être uniquement un souvenir de gloire et non de deuil. Ceux qui sont tombés en soldat ont droit que l’on ne pleure pas leur trépas puisqu’ils l’ont librement consenti et jugé utile.

Adieu et vivez pour transmettre mon exemple à ceux qui auront la gloire d’achever la tâche.

Lettre écrite par le sous-lieutenant Gustave VEUILLET, 23e Régiment d’Infanterie, tombé au champ d’honneur, le 26 août 1916, à Curlu (Somme)

Il faut nous souvenir du sacrifice consenti par Gustave et tous les Gustave, morts un jour en soldat pour la France. L’amour d’une même terre, d’une même patrie nous réunit.

Il nous faut nous souvenir que la paix n’est jamais acquise et qu’elle se construit par l’amitié et le respect qui réunit les individus au sein d’un même peuple et les nations entre elles.

Rendons grâce pour le jour où ces hommes sont nés. Prions pour qu’ils soient en paix et rejoignent la lumière. Là où ils sont, puissent-ils continuer à prier pour la France, pour la paix et pour nous. Puissent-ils prier pour que nous sachions aujourd’hui poser des actes qui construisent la paix dans nos familles, nos villages, notre pays et le monde.

Nous confions à vos prières tous les soldats enterrés dans le cimetière de Lunel dont le nom est gravé sur leurs tombes.

Marcel, Maurice, Louis, Marius, Fernand, Pierre, Maxime, Isidore, Paul, Edmond, Denis, Charles, Marcel, Paul, Léon, Louis, Paul, Benoit, Pierre, Léon, Jean, Henri Pierre, Antoine, Joseph, Louis, Hypolite, Auguste, Léonce, André, Marius, Pierre, Pierre, Henri, Antoine, Camille, Charles, Francis, Florian, Jean, Eugène, Roger, Rémi, Alfred, François, Louis, Marius, Auguste, Louis, Emile, Louis, Albert, Raymond, Henri, Marius, Léon et Roger, Albert, Henri, Louis, Jean, Jean, Adrien, Pierre, Emmanuel, Jean, Henry, Edmond, Jean, Joseph, Emile,

ainsi que de jeunes enfants lunellois victimes de bombardement : Mireille 4 ans, Georges 2 ans, Jeanine 8 mois

Nous confions particulièrement à vos prières tous les soldats enterrés dont le nom demeure inconnu. Leur nom est écrit dans la paume de Dieu.


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