Deux tableaux à Marsillargues

Un peu moins de dix ans après leur déménagement, deux tableaux protégés en tant que Monuments historiques sont de retour dans l’église Saint-Sauveur de Marsillargues depuis la fin de l’année dernière.

Pendant deux ans de 2017 à 2018, l’église de Marsillargues a été vidée de son mobilier en raison de travaux d’ampleurs réalisés par la commune propriétaire, sur la couverture, les façades et les fondations de l’édifice inscrit au titre des monuments historiques en 1980. Si la communauté catholique a été accueillie par nos frères protestants au temple pendant cette période, tout le mobilier fut réparti dans différents lieux de dépôts avant d’être remis en place. Deux tableaux dont l’état de conservation était mauvais sont cependant restés dans l’atelier de Danièle Amoroso à Villeneuve-lès -Avignon. Chargée de leur remise en bon état par la commune avec l’aide financière des services de l’État en région, cette restauratrice a mené à bien ce travail terminé en 2025.

Ces deux peintures qui représentent l’une la Cène et l’autre le Couronnement de la Vierge par le Christ sont liées aux familles aristocratiques propriétaires du château de Marsillargues jusqu’en 1946. La Cène est le tableau accroché au-dessus de l’autel de la chapelle funéraire des seigneurs de Marsillargues et de leur descendants qui en ont eu la jouissance jusqu’en 1905, située à gauche du chœur. Le Couronnement de la Vierge qui a été peint par Joseph de Cadolle pour la chapelle privée de sa demeure familiale du Bosc à Mudaison, ; il est quant à lui accroché à la tribune, au revers de la façade.

Le tableau le plus ancien représente la Cène. Il a été peint vers 1700 par un artiste non identifié qui s’est inspiré d’une gravure d’après un célèbre tableau de Rubens conservé aujourd’hui dans le plus important musée de Milan, la Bréra.  Il est de grand format (huile sur toile, 260 x 211 cm) et a énormément souffert d’un incendie criminel allumé dans l’église en 1902. Toute la partie basse a été reconstituée grossièrement et des repeints disgracieux se remarquent surtout sur l’apôtre qui tourne le dos.  Classé monument historique en 1979 à une époque où l’on pensait que le tableau était encore intact sous les repeints, il a fallu se résigner à le laisser dans un état de conservation stabilisé mais qui laisse visibles les dégradations qu’il a subi autrefois. La Cène avec le Lavement des pieds derrière le maître autel et le repas partagé avec les pèlerins d’Emmaüs gravé sur la porte métallique du tabernacle sont des représentations de la Passion du Christ qui correspondent parfaitement aux espaces les plus sacrées de l’église, où la célébration de l’Eucharistie est renouvelée à chaque messe.  Le lavement des pieds est l’exemple donné par le Christ pour que nous soyons au service les uns des autres dans son amour. La Cène préfigure le sacrifice du Christ sur la Croix, donnant sa vie pour effacer les péchés de l’humanité. Le Repas d’Emmaüs est le témoignage que le Christ est ressuscité des morts et qu’il nous accompagne tout au long de notre chemin sur terre. 

La chapelle funéraire des Nogaret Calvisson remonte à la construction de l’église à la fin du XVIIème siècle et a connu plusieurs aménagements successifs. Le dernier avec les grandes plaques de marbre gravées a été réalisé entre 1875 et 1893. On ignore à quelle date le tableau a été accroché dans cette chapelle, soit dans la première moitié soit dans la seconde moitié, mais en tout cas dans le courant du XIXème siècle. Son sujet annonce le Salut aux fidèles défunts.

Le Couronnementde la Vierge (huile sur toile 130 x 405 cm) a pris place dans l’église de Marsillargues au XXème siècle. Il a été peint par Joseph de Cadolle (1812-1887) dont la mère était la fille et la sœur des deux derniers Louet de Calvisson, seigneurs de Marsillargues. Les parents de Joseph de Cadolle était d’ailleurs domicilié au château jusqu’en 1815, date à laquelle ils s’installèrent au château du Bosc à Mudaison. C’est pour la chapelle privée de sa demeure familiale que cet amateur a peint sur toile en 1853 dans un format inhabituel necessité par la configuration des lieux, une composition inspirée d’une fresque de Fra Angelico au couvent dominicain de San Marco à Florence, datant du XVème siècle. Après la vente en 1935 du château du Bosc, le tableau qui appartenait à son petit-fils Raymond de Cadolle a été donné à la commune de Marsillargues pour être accroché dans l’église. Son format ne permet cependant pas de l’installer ailleurs que sur un mur de la tribune centrale juste en dessous du vitrail du Saint-Sauveur. Son inscription Monument historique en 2023 a permis sa restauration. Joseph de Cadolle a peint ce tableau dans un fort contexte de vénération mariale en France peu après les apparitions à Paris (1830) et à La Salette (1846), juste à la veille de la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854 qui sera confirmé par les apparitions de Lourdes en 1858. La référence à une œuvre de Fra Angelico rappelle aussi l’intensité et la popularité de la ferveur mariale au Moyen-âge, période durant laquelle les représentations du couronnement de Marie étaient très répandues dans les églises ou les monastères, sous la forme de sculptures, peintures ou objets d’art précieux. Les catholiques de Marsillargues ont toujours porté une grande dévotion à Marie comme en atteste dans l’église la présence de deux chapelles mariales (Notre-Dame du Rosaire et Notre-Dame de La Salette) ainsi que de plusieurs représentations de la Vierge : Notre-Dame des Victoires (sacristie),  Sacré-Cœur de Marie (abside peinte), Notre-Dame des Grâces (chapelle funéraire),  Notre-Dame de Lourdes  (chapelle de La Salette).

En dehors des deux autres tableaux protégés et en très bon état, La Sainte famille aux anges de Noël Coypel (XVIIème siècle) et le Lavement de pieds de Nicolas-René Jollain (XVIIIème siècle), deux autres tableaux qui ne bénéficiant d’aucune protection sont encore à restaurer, Le Baptême du Christ du Lillois Charles-Porphyre Desains  (1820) et un Sacré-Cœur anonyme donné en 1868 par Mme de Brignac, alors propriétaire du château.

Alain Chevalier


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